• Ces oubliés de la politique… 

    En sillonnant le soir les ruelles de Niamey, on rencontre un peu partout des groupes de jeunes assis à la devanture des maisons pour une partie de « thé-débat ». Ce sont les « fadas », des regroupements où on échange des nouvelles, on discute de  la vie du quartier, des problèmes de jeunes et souvent des sujets brulants de l’heure. Une de nos équipes a parcouru certains quartiers de la capitale, à la rencontre de ces jeunes. Son reportage.

    Samedi, 15 mars 2014.  Il est 17 h. Nous sommes à Nogaré,  un quartier du 5ème arrondissement de Niamey, sur les rives du majestueux fleuve Niger. Les ruelles bondées de monde sont animées. Sur un mur, on lit : « Ici Fada Espoir ». L’enseigne attire notre attention. Nous nous approchons des lieux. Un groupe de jeunes assis sur des nattes et quelques chaises, devisent autour du thé que l’un d’entre eux sert dans de petits verres. Après les présentations et les salutations d’usage, nous introduisons le sujet de la participation des jeunes dans la gouvernance locale. 
    Ibrahim Malam Abdoul Aziz, 26 ans, étudiant et président de la Fada prend la parole. Il est catégorique : « Au Niger, les politiciens ne font pas de place aux jeunes. Ils ne nous sollicitent qu’à l’approche des élections en nous distribuant des gadgets aux couleurs de leurs partis. En vérité, ils nous utilisent pour battre campagne pour eux. Que des promesses électorales. Mais une fois aux affaires, ils nous oublient ! Aujourd’hui on nous parle de grands chantiers de développement, mais de quel développement on parle, si la jeunesse est exclue du projet de société qu’on veut édifier pour le pays ?
    Pour Abdoul Aziz, il n’y a pas de doute, le salut ne viendra  que le jour où les jeunes seront véritablement impliqués dans la gestion de la cité.  
    A Bobiel, un quartier du 2ème arrondissement, le discours est le même. Des jeunes, assis à la devanture d’une maison située sur une voie latéritique, causent sans se soucier trop du nuage de poussière qui les couvre au passage des automobilistes.  Ces jeunes disent ne rien connaître du fonctionnement de leur commune. Ils ignorent même jusqu’à l’existence du Conseil des Jeunes. Sidi Amar, est l’un d’entre eux. Il a 25ans. Pour lui, les jeunes sont les laissés-pour-compte de la politique au Niger. Et pourtant,  souligne t-il, « ce sont eux qui constituent le vivier électoral du pays. Mais une fois les joutes électorales terminées, on les abandonne à eux-mêmes. Voyez un peu la composition des bureaux politiques des partis au Niger. Ce sont en majorité des personnes qui ont plus de 40 ans. Ce sont ces gens-là qui sont nommés à des postes de responsabilité quand le parti arrive au pouvoir. Les jeunes, eux, ne sont bons que pour leurs voix ! Alors même que l’Etat du Niger a ratifié la Charte Africaine de la Jeunesse », lance t-il sur un ton révoltant.
    Boubacar Assoumane, un  étudiant de 23 ans, pense lui que  « l’heure est venue pour les jeunes de sortir de la torpeur pour exiger des décideurs politiques leur place dans les instances décisionnelles, car ce sont eux l’avenir du pays ». 
    Au quartier Poudrière, dans le 3ème arrondissement,  un groupe de jeunes se réunit tous les après-midi devant la boutique d’un des leurs : c’est leur fada. Le débat est vite engagé sur le sujet que nous venons d’introduire.  
    Aboubacar Diop, 28 ans, diplômé sans emploi  prend le premier la parole pour fustiger l’attitude des politiciens qui  « mobilisent  les jeunes que lors des élections.  Puis les jettent après comme des citrons pressés ! »  
    Kader Gueye, 29ans lui aussi diplômé sans emploi, se montre plutôt critique : « le Conseil des Jeunes de notre  commune n’a aucune légitimité. Ses membres sont plus enclins à s’occuper d’eux-mêmes que des autres jeunes ». C’est une attitude qui ne fait pas avancer notre cause », martèle t- il. 
    Au quartier Route Filingué, dans le  4ème arrondissement,  c’est une tout autre image que nous découvrons à travers la fada Wakafaye (entente en Zarma). Contrairement à certaines fadas visitées, celle-ci mène des activités d’utilité publique, comme des opérations de salubrité dans la commune ou des soirées socioculturelles. Ces actions, les jeunes de Wakafaye, les mènent bénévolement, sans aucun appui de la municipalité.  
    Amadou Abdou Souleymane, président de cette fada est amer devant l’injustice faite aux jeunes : « Nous sommes marginalisés dans ce pays. Il y’a beaucoup de jeunes diplômés qui sont  au chômage, alors que dans les administrations publiques on trouve toujours  plein des gens en âge d’aller à la retraite qui occupent des postes de responsabilité. Ces gens ne savent même pas taper sur un clavier d’ordinateur !   
    Isbaou Idrissa, un autre membre de la fada renchérit en prenant l’exemple de la commune où il vit «  Ici, les élus ne se soucient guère  des jeunes et des problèmes qu’ils vivent. Ils ne pensent  qu’à leurs intérêts personnels ». Tout en condamnant l’achat des voix des jeunes lors des élections, il appelle toute la jeunesse nigérienne à un sursaut pour défendre à travers un leadership, sa place dans la construction du pays.


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