• Jeunesse de Diffa 

    Otage de l’état d’urgence !

    Depuis le début du processus de la démocratisation dans les années 1990 et celui de la communalisation intégrale en République du Niger amorcé dans les années 2004 impliquant la démocratie à la base, les jeunes ont été exclus des instances décisionnelles. En effet, hormis la participation passive aux élections c’est-à-dire pour élire les autres et non pour se faire élire, les jeunes de la région de Diffa restent absents de la sphère politique. A titre indicatif on peut retenir que la commune urbaine de Diffa compte treize conseillers élus dont trois femmes. Parmi ces treize conseillers l’on note la présence d’une seule conseillère jeune présente à la faveur du quota attribué par la loi sur le quota. En ce qui concerne les parlementaires au titre de la région qui sont au nombre de six, le plus jeune d’entre eux a plus de 40 ans. Ce constat est assez édifiant en ce qui concerne la faible participation politique des jeunes dans la région de Diffa.

    Force est de constater que du point de vue de la participation politique, « les jeunes sont utilisés comme « chair à canon», sans savoir l’enjeu comme le dit Elhadji Djida Ari, Président du Conseil Départemental de la Jeunesse de Diffa. Les jeunes sont absents dans les instances des partis politiques. Le plus jeune des présidents des jeunes au sein des formations politiques est celui de l’Organisation des Jeunes Tarayya qui à ce jour aurait 40 ans. Mais Elhadji Djida Ari promet un changement en 2016 car les jeunes sont fatigués dit-il de « pousser toujours des véhicules en panne » et donc de suivre les loups politiques avant d’indiquer qu’ils « participeront activement eux même pour occuper les postes électifs à tous les niveaux ». Dans le même ordre d’idée, Goni Abdou, secrétaire général du Groupement de jeunes Foumbouye qui signifie (aller de l’avant pour le développement) nous affirme qu’il y a maintenant de plus en plus des associations des jeunes qui se créent et ces derniers ont l’intention de participer activement aux élections de 2016 et influer dans le cas échéant sur les décisions politiques. L’emploi des jeunes n’est pas au rendez-vous dans la région de Diffa. Ce qui avait d’ailleurs amené les jeunes à organiser en 2013 une marche de protestation violemment réprimée .Cette crise a vu l’intervention du Premier Ministre Brigi Rafini qui a joué au médiateur entre les leaders locaux, les couches socioprofessionnelles et les représentants des jeunes. C’est d’ailleurs pour la première fois que la jeunesse de Diffa « provoque » le déplacement d’un chef du gouvernement. Comme un couteau dans la plaie, la situation sécuritaire qui se vit dans la région depuis l’attaque terroriste de Boko Haram du 6 février 2015 et l’état d’urgence décrété par le gouvernement, viennent de porter un coup dur à la jeunesse diffalaise,affectant ainsi gravement sa condition de vie et de travail. Dans ce contexte de l’état d’urgence et les mesures consécutives, les jeunes se sont trouvés du coup dépossédés de leurs principales activités et laissés à leur propre sort. Les mesures prises par les autorités interdisent entre autres la production et l’écoulement sur les marchés du poivron, la circulation des « kabou-kabou » les taxi-moto, la vente des pièces détachées des taxis motos, la réparation des motos etc ! Plus de 20 000 ménages du département de Diffa sont ainsi touchés par ces mesures. Leur situation ne fait que s’aggraver de jour en jour. Aboukar Madou Fayamari, un jeune du quartier Diffa-Koura raconte : - « J’ai été forcé à arrêté mon activité principale. Je me débrouille actuellement en me convertissant dans la maçonnerie. J’ai fabriqué 4 000 briques en banco qui ne trouvent aucun preneur et je n’ai aucun francs et à l’instant je vous parle, ma femme est malade… comment voulez-vous qu’on participe dans ses conditions,  à la politique? » s’interroge t-il avec un air de dépit. Les propos de ce jeune interpelle la jeunesse de Diffa qui doit prendre conscience de l’enjeu de la participation politique. La situation de l’état d’urgence ne doit pas porter atteinte à leurs droits fondamentaux civils et politiques mais surtout leurs droits socio-économiques et culturels. Nous espérons que d’ici peu la situation s’améliorera pour que la jeunesse, pierre angulaire de développement de tout pays, puisse enfin investir les instances décisionnelles

                                                                   Kiari Mamadou


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